Phénix Gone Wild et Parfums de Liberté

La pluie d’Octobre a révélé au monde, la sève sublime des Cèdres qui rêvait en nous, hommes et femmes du Liban.

En plus des senteurs automnales des oliviers oubliés, mêlées hélas, à celles plus familières du bitume des villes ; parmi les clameurs qui s’élèvent de toutes les places du Liban l’on décèle la fraicheur printanière d’un nouvel Avril. Épris de Liberté, de Paix, d’Amour et de lendemains qui chantent, comment ne pas s’étonner de notre peuple plusieurs fois millénaire, qui se réveille en sueur et en sursaut de son ‘ihbat’ (lassitude profonde mêlée de désillusion) imposé, pour enfin découvrir émerveillés que dans ces milliers de cœurs parsemés du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, palpite encore à l’unisson le Chant du Phénix.

Ces hommes et femmes qui ne vivaient plus que dans les regrets des photos-souvenirs jaunies de leurs grands-parents, puis, plus proche de nous, celles pixélisées du début des années 2000 ; se dressent tous ensemble contre l’injustice, la corruption, le clientélisme communautaire et le chaos organisé.

Sacré volatile ce Phénix, 14 Ans depuis son dernier réveil, le Phénix Libanais est de retour, plus grand et plus fort que jamais auparavant, pour faire nix aux corrompus et despotes de toutes sauces.

Son chant ? Il suffit d’écouter la rue qui entonne des refrains de liberté ; òu l’individu isolé dans sa bulle de jadis, son parti, sa communauté, sa tour d’ivoire, redevient citoyen au contact de ses frères et sœurs, dans les places devenues pour une fois, publiques.

Ses couleurs ? Celles du drapeau Libanais : rouge, blanc et vert ; pour ainsi dire : de la douleur vers la prospérité, par l’engagement et l’espoir.

Majeure réalisation de la révolte populaire à ce jour est la chute des tabous communautaires et partisans, mais aussi la disparition de la peur qui empêchaient un sursaut véritablement national, citoyen, pour un nouveau Liban d’abord. L’ampleur de la contestation est sans précédent et le chiffre dépasse largement le million au Liban ; à cela s’ajoute les nombreux pays de la Diaspora qui se sont joint comme jamais auparavant des continents Européen, Américain, Africain, Asiatique et Australien.

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Pour le Liban d’abord, tous unis, mais aussi pour des réformes profondes et structurelles avant qu’il ne soit trop tard : Paix, Dignité, Justice sociale, Égalité, Responsabilité, Gouvernance, Décentralisation Administrative, Santé, Sécurité, Jeunesse, Planification, Droits de l’Homme, Écologie, Énergie, Transparence, Technologies…

Les partenaires internationaux du Liban et donateurs de la Conférence CEDRE ont bien fait savoir que l’adoption de réformes concrètes et leur application sont le prérequis sine qua none afin d’enclencher le programme.

La révolte populaire spontanée qui a essaimé partout au Liban a traduit le manque total de confiance du peuple vis-à-vis de la classe politique toute entière, qu’il juge inapte à mettre en route les mesures nécessaires malgré l’urgence annoncée de la situation et cela depuis plus d’1an: promesses non tenues, retards incompréhensibles, querelles fromagistes, accusations de corruption en tout genre et nivellement par le bas du discours politique depuis 30 ans sont parmi les causes avancées par les protestataires justifiant leur incrédulité vis-à-vis des discours et de mesures annoncées par le gouvernement et les responsables.

Du flou qui entoure ces développements inédits au Liban émergent plusieurs raisons d’espérer en un futur meilleur, mais la lucidité aussi fait s’y ajouter quelques craintes. L’on ne fait pas d’omelettes sans casser des œufs dit l’adage. Le contexte régional et international avec ses parties prenantes est aussi une variable importante de l’équation.

Le Liban fait pour l’instant une belle démonstration d’exercice démocratique avec les manifestations qui sont l’expression directe des douleurs, demandes et rêves des Libanais et Libanaises. Aussi, les forces de l’ordre sont saluées pour leur encadrement sécuritaire professionnel tout au long de ces journées de protestation.

‘Vox populi, Vox Dei’ dit le proverbe latin, ‘la voix du peuple est voix divine’. Dans le sens qu’en République, c’est le peuple qui est à l’origine du pouvoir et les responsables sont ses représentants. Donc, le retour à l’écoute attentive des revendications, l’ouverture à la compréhension du peuple et la prise des mesures concrètes et adaptées qui s’imposent sont urgentes, au risque de polariser encore plus la situation. ‘Les hommes politiques pensent à leur réélection, les Hommes d’État pensent aux générations futures’ Winston Churchill.

Dans ce contexte, et vu les innombrables talents dont le Liban et sa Diaspora regorgent, la sagesse recommanderait que dans le processus de réformes et de transition à venir, celles et ceux qui s’estiment capables, s’engagent au service du Liban dont nous rêvons.

Mais pour construire ce rêve, il faudra vouloir rester éveillés.

Emile E. ISSA