Nuit des Idées 2020: « Être Vivant » au Liban et dans le Monde

logo-if-liban  KAMSYN PR

Dans le contexte international actuel où la survie devient le souci premier des différentes populations, le monde de la culture ne peut demeurer indifférent. Art, littérature, sciences politiques, histoire, … tant de disciplines qui se rassemblent pour constituer, cette année, le programme inédit de la «Nuit des Idées 2020» à l’Institut Français.

C’est dans sa 5ème édition que cet événement pluridisciplinaire, gratuit et ouvert à toutes et à tous, devient une fête populaire de la pensée et des arts, proposant ainsi à tout un chacun de venir partager, échanger, débattre, alerter et éveiller les consciences sur les grands enjeux de notre siècle.

Entre débats, performances, concerts et expositions, les participant(e)s voient leur horizons s’étendre. Placée ainsi sous le thème «Être vivant», la «Nuit des Idées» se tiendra le vendredi 31 janvier 2020, de 17h à minuit, au Musée MIM et à l’Institut français du Liban (IFL) à Beyrouth, en partenariat avec la Banque BEMO, l’Orient-Le Jour, KAMSYN, ainsi que d’autres plateformes et médias. Entrée libre et traduction simultanée FR/Ar assurée.

Comme chaque année, elle s’associe à de nombreux partenaires: chercheurs, institutions culturelles et politiques, ONG, artistes, enseignants et s’adresse à tous les publics.

La #NDI2020lb débutera par un échange sur la diversité du vivant au Musée des minéraux de Beyrouth (MIM) en présence de Bruno David, Président du Muséum national d’Histoire naturelle de Paris, et sera suivie de deux tables rondes à l’IFL sur le thème de l’engagement citoyen et politique. (Programme détaillé disponible plus bas)

A2-Affiche-NDI V2

Pour un avant-goût de cet événement exceptionnel, KAMSYN partenaire de l’évènement a rencontré Mme Véronique Aulagnon, Directrice de l’Institut Français du Liban, M. Bruno David, Président du Muséum National d’Histoire naturelle en France ainsi que M. Salim Eddé, Entrepreneur, Philanthrope et Collectionneur libanais, Fondateur du Musée des Minéraux de Beyrouth (MIM).

Deux questions à Mme Véronique Aulagnon, Directrice de l’IFL:

Véronique Aulagnon
Véronique AULAGNON, Directrice de l’IFL      Photo DR

La thématique choisie cette année résonne comme un moyen de résistance contre la crise actuelle que traverse le pays. Quel message avez-vous voulu faire parvenir en choisissant cette thématique ? Qu’est-ce qu’être vivant ? Comment l’être dans les circonstances actuelles ?

C’est l’Institut français à Paris qui a choisi la thématique « Être vivant » pour toutes les Nuits des Idées qui vont se dérouler partout dans le monde le 30 janvier. Dans certains pays, le choix a été fait d’insister sur l’urgence écologique, ou encore sur les bouleversements technologiques et scientifiques qui font bouger les frontières entre humain et non humain – c’est toute la question de l’intelligence artificielle, de la place que les robots vont occuper dans l’avenir.
« Être vivant » est quelque chose qui n’est jamais donné, gagné ou garanti. Sans ignorer ces problématiques, que nous avons d’ailleurs défriché au Liban en invitant en 2019 des intellectuels de premier plan à s’exprimer dans le cadre des conférences de la résidence des Pins et que nous allons aborder avec cette première conversation entre M. Bruno David et M. Salim Eddé sur le vivant et l’inanimé, nous avons fait le choix de traiter cette thématique en collant à l’actualité libanaise, c’est-à-dire au puissant mouvement de contestation populaire qui a démarré le 17 octobre : qu’est-ce qu’un peuple vivant ? Comment le peuple peut-il reconquérir l’espace public pour qu’il redevienne vivant et au service de l’humain ? Qu’est-ce qu’être vivant aujourd’hui au Liban, et notamment pour la jeunesse libanaise ? C’est tout l’enjeu de cette nuit de débat à Beyrouth.

Comment, d’après vous, l’art et la culture peuvent-ils servir de vecteurs de lutte, de nos jours, contre l’ignorance, la corruption et la violence ?

L’art est une arme d’émancipation massive, peut-être la plus puissante. Elle l’est particulièrement au Liban, qui jouit d’une scène culturelle incroyablement vivante, diverse, créative et militante. Les artistes sont au premier rang de la Thawra. Ils sont en première ligne pour défendre l’égalité entre les femmes et les hommes, les droits des personnes LGBTQI, la liberté d’expression, la fin du communautarisme. Les artistes nous amènent à renouveler notre regard sur ce monde que nous croyons trop bien connaître, ou au contraire que nous ne comprenons plus. Ils nous invitent à le redécouvrir, à nous en émerveiller, à nous en indigner, à le réinventer en un futur désirable. Ils sont notre poil à gratter, notre poudre pour rêver. Bref, ils nous bousculent pour notre plus grand bien. Et c’est pour cela que dans un évènement comme la Nuit des idées, il y a du débat, bien sûr, mais il y aussi des performances artistiques, qui nous aideront cette année à mieux ressentir et comprendre ce que veut dire être vivant.

Bruno David
Bruno DAVID, Président du Muséum National d’Histoire Naturelle en France    Photo DR

Deux questions à M. Bruno David, Président du Muséum national d’histoire naturelle en France:
Dans quel contexte votre visite au Liban s’inscrit-elle ? Comment pourriez-faire le lien entre métier de paléontologue et la thématique de cette année ?

Ma visite s’inscrit dans le contexte de la « Nuit des Idées », initiative du Ministère de l’Europe et des Affaires Étrangères qui se décline dans de nombreux pays à travers le monde. Cette année la thématique est « Être vivant » et, comme je suis également et sans doute même encore plus, un biologiste, spécialiste de l’évolution et la biodiversité marine, mon lien avec la thématique est évident.

Comment d’après vous, pouvons-nous expliquer les crises actuelles à la lumière de cette discipline qu’est la paléontologie ?

Ce serait un bien long discours. Pour faire simple, disons que la biodiversité a traversé au cours des millions d’années de son histoire de nombreuses crises dont 5 majeures depuis 500 Ma. Ces crises sont autant d’expériences « grandeur nature » de la manière dont la biosphère est affectée et surtout de la manière avec laquelle elle cicatrise après un épisode de crise. La connaissance de ces crises paléontologiques est donc précieuse pour mieux comprendre ce qui est à l’œuvre aujourd’hui.

Salim Eddé
Salim EDDÉ, Entrepreneur, Philanthrope et Fondateur du Musée MIM        Photo DR

Deux questions à M. Salim Eddé, Entrepreneur, Philanthrope et Fondateur du Musée MIM: Qu’est-ce qu’ « être vivant », d’après vous, dans un pays comme le Liban ?

La vie est une lutte incessante, pour naître puis pour se développer contre tous les aléas de la nature, des prédateurs, etc. Un aperçu de la variété des fossiles retrouvés au Liban montre déjà il y a 100 millions d’années la diversité de la vie à l’époque et la palette incroyable de proies et de prédateurs qui s’y étaient développée. C’est un peu ce que le Liban fait contre vents et marées dans cet environnement souvent hostile dans lequel il se trouve pour être encore debout aujourd’hui alors que la plupart de ses voisins voient leur existence même sérieusement en danger.

Vous dites dans une de vos interviews que le Liban est situé dans une zone maudite et qu’il devrait, pour se relever, à tous les niveaux, suivre l’exemple de l’Irlande. Comment et pourquoi ?

L’Irlande est un pays qui a connu un destin de guerres avec des voisins hostiles et de famines (population passant de 8 à 4 millions d’habitants au milieu du XIXème siècle), ce qui ressemble un peu au cas du Liban. En 1974, l’Irlande était le parent pauvre de l’Europe (PNB par habitant voisin de celui du Liban de l’époque, aujourd’hui 10 fois plus important). Avec l’aide de l’Union Européenne (qui a financé la modernisation de son infrastructure) et la clairvoyance de son personnel politique de l’époque, elle a entamé une profonde transformation en misant sur tous les domaines où elle avait un avantage compétitif : informatique, biotechnologies (nécessitant toutes les deux relativement peu de capitaux et surtout un investissement humain), services financiers, etc.

De même pour le tourisme, où les îles pluvieuses irlandaises ne bénéficient pas du climat ensoleillé du Liban. Rien ne nous manque pour suivre l’exemple de ce pays d’Europe du Nord. Ne manquons pas de mentionner le système éducatif, l’informatique  avec tous les moyens modernes à travers lesquels le Liban excelle depuis plus de 3 siècles, les services financiers qui ont toujours existé, le secteur touristique duquel nous pouvons fortement profiter…

Par Natasha Metni Torbey pour KAMSYN

KAMSYN PR

Flyer prog - Fr

Encadré :
Sur la Nuit des Idées…
Initiée en 2016 par l’Institut français de Paris, la « Nuit des Idées » a rassemblé l’année dernière plus de 180 000 personnes dans des dizaines de villes dans le monde, de Tokyo à Los Angeles, en passant par Stockholm ou Beyrouth, autour d’un format inédit : mêler le débat et la fête.

KAMSYN PR